Voilà un an que je me suis lancée dans l'aventure de l'auto-entreprise, que j'ai affronté le service RH de mon établissement relevant du service public pour obtenir un mi-temps de droit.
Voilà un an que j'exerce deux métiers, avec deux statuts différents et je dirais même diamétralement opposés.
J'en ai essuyé des sarcasmes au début, de la part de mes collègues. Entre ceux qui me disaient que j'avais de la chance d'avoir "les moyens" de passer à 50% (comme si je passais le reste de mon temps à enfiler des perles...) et ceux qui passaient leur temps à me demander si "ça marche bien", n'attendant que mon aveu d'échec pour aller baver sur mon infortune. Ceux-là ont failli s'étouffer quand je leur ai dit que je rempilais pour au moins un an. Il y a quand même les collègues un peu plus intègres qui m'ont avoué être en admiration face à mon courage, car jamais, ô grand jamais, ils n'oseraient se lancer dans l'aventure.
Fonctionnaire / auto-entrepreneur, ce sont deux façons différentes de travailler. Cela fait 10 ans que je suis dans la fonction publique et, jusqu'à présent, je n'arrivais pas à intégrer la mentalité du fonctionnaire, je travaillais comme dans un boîte privée. Entendons-nous bien : quand je parle des "fonctionnaires", je parle du système, pas des individus, comme partout il y a des gens dynamiques et prompts à remplir leur mission de service public, et d'autres qui seront plus tire-au-flanc, parce que de toute façon, le système ne les encourage pas à se donner plus.
Prenons mon cas, par exemple : après 7 ans à m'ennuyer dans un bureau, mais tout en faisant mon travail consciencieusement, on me propose l'année dernière un poste super intéressant et en lien avec mes compétences. Le salaire est le même, mais qu'importe, je suis heureuse à ce nouveau poste. Je me défonce pendant une année entière (à mi-temps, je le rappelle, avec un certain nombre d'heures supplémentaires non payées, bien évidemment) pour redynamiser la boutique, ça prend forme, les gens sont contents. Et paf, en juin, restructuration des services, un nouveau chef qui trouve que je suis une incompétente notoire et qu'à terme, il faudra me changer de poste pour me remplacer par un vrai professionnel... Pour la première fois de ma vie, je viens de passer en mode "fonctionnaire" : à partir de maintenant, ce sera le minimum syndical, histoire d'assurer ma paie à la fin du mois. Incroyable comme une seule personne peut saper le travail d'une année, générant ainsi une ambiance tendue au sein d'une équipe qui fonctionnait bien jusqu'à présent. Tout ce que je fais ne sert à rien, donc pourquoi le faire? De toute façon, on ne pourra pas me renvoyer, j'ai déjà les doigts de pieds en éventail et des projets plein la tête pour ma petite entreprise.
A l'inverse, quand j'endosse mon rôle d'auto-entrepreneur, je sais que je dois me démener pour obtenir le fruit de mon travail. C'est encourageant car il y a un objectif clair : pas de travail, pas de pépettes, c'est élémentaire. Il faut donc trouver des clients, et rien que ça, c'est un job en soi. Il y a des mois plus fastes que d'autres, ce qui a quand même le mérite de rebooster le moral et le compte en banque accessoirement.
J'ai la culture du travail, c'est évident. Et je suis de gauche, ce n'est pas incompatible. Ce qui ne m'empêche pas d'halluciner sur le comportement de certaines personnes dans leur approche du travail. Dernièrement, pour un de mes clients, j'ai proposé un job supplémentaire à une personne de la boîte qui cherche du travail en plus et qui a toutes les compétences pour le faire. Un job payé correctement, mais qui demande un peu d'investissement personnel. Cette personne a refusé la mission parce que ça ne correspond pas tout à fait à ses attentes. Comprendre par là qu'elle préfère vivre d'amour, d'eau fraîche et de sa passion plutôt que d'assumer de payer son loyer (en même temps, si papa-maman allonge l'argent tous les mois, même à 30 ans passés, pourquoi se bouger la nouille, hein?). Si ça ne tenait qu'à moi, je mettrais de grands coups de saton pour botter dehors tout ce petit monde mais d'une, ça ne tient pas qu'à moi, et de deux je suis de gauche donc je compatis ("mais oui, je comprends, tu as raison, il faut se faire plaisir dans la vie, etc..." - ce n'est pas toujours facile d'être de gauche, croyez-moi, j'ai l'impression qu'à droite on a quand même un peu moins de scrupules!)
De cette double expérience, je me dis surtout que le monde du travail va très mal et que, quelque soit le domaine, même en mettant les bouchées doubles, on peut aisément rester sur un sentiment de frustration. Idéalement, nous devrions tous travailler pour vivre, dans le sens de subvenir à nos besoins. Or, j'ai comme l'impression que beaucoup d'entre nous finissent par vivre pour travailler. Je fais malheureusement partie de ces gens, puisque j'ai la fâcheuse tendance à me projeter naïvement dans l'avenir et à me dire qu'un jour, oui, un jour, non seulement j'arriverai à subvenir à mes besoins, comme en plus j'arriverai à me faire PLAISIR, voyager, devenir propriétaire... en attendant, je cours après des chimères et je subis mon travail, celui de fonctionnaire car je n'y trouve aucune satisfaction, celui d'auto-entrepreneur car je n'arrive pas à me rémunérer à la hauteur de mes attentes. Sans perdre espoir, malgré tout.
salut sophie,
RépondreSupprimervoilà un sujet fort interessant (un de plus) et bien dans l'air de (notre) temps puisque comme tu le sais, notre couple est composé d'un fonctionnaire qui aimerait bien aller voir ailleurs et d'une ex fonctionnaire devenue depuis peu autoentrepreneur, pas à 50% comme toi, mais à 100%...j'aimerais dans l'absolu, faire comme toi, 50-50 mais je n'ai évidemment pas matière à alimenter les 50% restants...
fils d'une mère bossant dans le privé et d'un père fonctionnaire, j'entends parler de ce débat public privé depuis tout petit, et c'est vrai que, très vite, j'ai pris fait et cause pour le service public, sensibilité de gauche oblige ...
depuis plus de 10 ans dans la fonction publique, j'en ai vu de toutes les composantes du fonctionnaire...le discours antifonctionnaire m'a toujours énervé, car dans la plupart des cas, les agents se bougent comme des fous pour des résultats peu probants et un immobilisme assez criant...dans le social, par définition, les tires au flans sont vite débusqués, car c'est l'usager en premiere ligne qui en paie les frais...
maintenant dans l'administration pure et dure que j'ai aussi cotoyé de pres ou de loin, certaines mentalités effectivement sont plus dans l'optique "j'en fais le moins possible, je suis payé à la fin du mois et je serais pas viré"
personnellement je pense être un bosseur (et effectivement c pas évident de défendre cette position en étant de gauche, car en meme temps, les positions des gens de droite sur la valeur travail m'hérisse le poil aussi... belle contradiction ),
maintenant, contrairement à toi, depuis 10 ans je n'ai jamais réussi à faire un truc qui me passionne un tout petit peu. dans le travail, loin de la..l'administration etant ce qu'elle est, et algré les beaux discours sur la mobilité interne, les passerelles sont tellement peu courantes que je n'arrive pas à passer du social à la culture, et qu'il faut maintenant que je me force énormément chaque matin à aller faire un truc pas du tout en conformité avec mes aptitudes et mes affinités personnelles... je n'arrive plus à trouver le moindre motif de motivation pour excercer mon activité, et hélas, on est un peu tous comme ca ou presque dans mon service...
du coup comme toi je fais un peu le minimum syndical à mon poste, juste pour que l'usager en première ligne n'en soit pas lésé, je profite effectivement de mon statut de fonctionnaire, mais je n'en tire pas vraiment de fierté...
maintenant, forcément, l'aspect financier étant ce qu'il est, mon (maigre) salaire de fonctionnaire a qd meme servi à faire tourner la boutique ces derniers mois :o)
bonne journée à toi...et bon courage!!
Bonjour Sophie,
RépondreSupprimerQuel courage ! Je suis impressionné par ce choix de vie et le travail que cela demande.
J'espère que tu réussiras vraiment à développer ton activité. Mais autant une année cela peut paraitre long, mais quand tu entreprends, surtout le temps de se faire connaître, de se roder, de se créer une routine de travail, c'est très peu.
Je pense qu'il faut compter entre 2 et 3 ans pour déterminer si une activité est viable ou non, car c'est le temps qu'il te faudra pour te créer une clientèle et un bouche à oreille suffisant pour avoir des rebonds réguliers.
Bon courage !
Tous mes vœux de réussite, Sophie. Je te souhaite le meilleur. Et peu importe les sarcasme de quelques collègues de peu d'intérêt.
RépondreSupprimerJe te trouve très courageuse et dynamique.
Nathalie
désolée de lire que tu as hérité d'un tel nouveau chef, il a vraiment rien compris ..déjà que les salaires sont rarement motivants, s'il n'y a aucune reconnaissance ..je crois que c'est malheureusement assez souvent le cas, j'ai rarement entendu "on est content c'est bien ce que vous avez fait" en tous cas dans la fonction publique d'état )
RépondreSupprimerpour le reste je manque de recul, j'espère que cela m'apportera quand même une certaine souplesse au niveau emploi du temps,car sinon je ne vois pas trop l'intérêt (si ce n'est celui d'être son propre chef et à priori de faire des choses variées ce qui a toujours été très important).
J'ai une attitude très ambivalente par rapport au travail : je suis persuadée qu'il y a plein de choses palpitantes à faire à côté du travail selon ses propres centres d'intérêt et chez moi je ne m'ennuie jamais mais quand j'ai voulu testé le job purement alimentaire j'ai failli y laisser ma santé mentale...idéalement j'aimerais bosser à 50% seulement et avoir du temps libre le reste du temps (et tant pis si je ne suis jamais proprio ça n'a jamais été un rêve) mais c'est purement utopique )
et sinon on a l'image en France du fonctionnaire glandeur mais un petit stage dans certains services permettrait à beaucoup de gens de changer d'avis à ce sujet
En fait, tu es peut être de droite et tu ne le sais pas :D
SupprimerMais je voulais pas répondre à Choco !!!
RépondreSupprimerBonjour,
RépondreSupprimerMerci de préciser si votre temps partiel est bien limité dans le temps à 1 an renouvelable une fois.
Autrement oui, dans toute structure, une seule personne peut tout gâcher, mais quand on est entrepreneur cette personne peut être un client... Tout dépend de l'activité et de son degré de dépendance envers certains clients.
Bonjour,
RépondreSupprimeraccepteriez-vous une interview pour présenter votre expérience sur http://autoentrepreneurinfo.com ?
Merci d'avance
Eh bien, pendant mes étude de droit j'ai travaillé parmi les fonctionnaire dans la justice... J'ai compris pourquoi la justice a la réputation d'être lente !! Je te comprends très bien et faire les deux au moins ça change. Mais je suis quand même bien contente d'avoir trouvé un job qui me plait dans le privé, parce que franchement la 4eme année j'ai cru que j'allais craquer dans le panier de crabes où j'étais... Bon courage !
RépondreSupprimerOui, pouvoir alterner avec les 2 est très agréable, d'un côté il y a la sécurité de l'emploi et de l'autre l'aventure! Ça me va bien!
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